Toutes les méthodes pour générer la simplicité ne se valent pas. Certaines sont poussives, d’autres astucieuses et puissantes

Pour partager cela avec vous, je me suis basé sur l’analyse des numérations de Denis Guedj (professeur d’histoire des sciences et d’épistémologie à l’université Paris VIII – http://en.wikipedia.org/wiki/Denis_Guedj).

La numération romaine est composée de chiffres I, V, L, C, D, M, …

Le problème de cette méthode est qu’à chaque nombre supérieur à ceux déjà représentés il faut inventer un nouveau signe.

Cela implique que le nombre de signes de base ne cesse de croître en fonction des nouveaux besoins.

La numération indienne, dont nous avons hérité, permet de faire tout avec peu.

Avec dix chiffres 0,1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, on peut représenter tous les nombres que l’on veut !

Cette méthode, finalisée au 16ème/17ème siècle par des astronomes-mathématiciens indiens n’a jamais été dépassée.

Not all methods to generate simplicity are equal. Some are obtuse; others are shrewd and powerful.

Prenons un exemple : écrire 1999

En numération romaine il faut des règles pour y arriver :

  • Utilisez la règle additive pour atteindre le nombre
  • Procédez puissance de dix par puissance de dix
  • Si vous devez utiliser 4 symboles, repartez du symbole suivant en soustrayant
  • Avec la règle soustractive, n’employez que le symbole immédiatement avant

En suivant ces règles, 1999 s’écrit M CM XC IX (1000 -100 + 1000 – 10 + 100 – 1 + 10) et non pas MIM (1000 – 1 + 1000)

En numération indienne, plutôt que d’avoir des règles à suivre, on se pose les questions suivantes sur base des fondamentaux :

  • Combien de milliers ? Réponse : 1
  • Combien de centaines ? Réponse : 9
  • Combien de dizaines ? Réponse : 9
  • Combien d’unités ? Réponse : 9

Pour moi, le monde de l’expérience utilisateur peut être comparé aux numérations

La Usability est un ensemble de techniques qui évoluent de manière empirique, comme la numération romaine.

Pratiquement aujourd’hui, la Usability s’exprime majoritairement au travers de règles axées sur les objets.

Ce qui est extraordinaire, c’est de voir le nombre important de listes de règles de Usability qui s’opposent les unes aux autres.

La Usability, tout comme la numération romaine, laisse un champ énorme d’interprétations subjectives possibles.

En effet, l’interprétation des règles de la numération romaine permet d’écrire 1999 de plusieurs manières différentes :

  • MCMXCIX (1000 – 100 + 1000 – 10 + 100 – 1 + 10) –  Respecte les règles officielles telles que codifiées au Moyen-Âge ;
  • MCMXCVIIII (1000 – 100 + 1000 – 10 + 100 + 5 + 1 + 1 + 1 + 1) – Sans doute la façon dont l’écrivaient les Romains, le 9 était souvent représenté par VIIII ;
  • MDCCCCLXXXXVIIII (1000 + 500 + 100 + 100 +100 + 100 + 50 + 10 + 10 + 10 + 10 + 5 + 1 + 1 + 1 + 1) – Écriture possible du fait de la possibilité d’utiliser quatre lettres de suite.

Les Sciences Comportementales, elles, se basent sur les fondamentaux du système de perception et de cognition du cerveau humain. Avec la connaissance de ces fondamentaux, tout comme les chiffres 0 à 9, on peut répondre à tous les cas possibles d’interactions sans devoir réécrire à chaque fois de nouvelles règles. Les choses qui évoluent dans le temps sont les fondamentaux et non pas des règles.

Not all methods to generate simplicity are equal. Some are obtuse; others are shrewd and powerful.

One Comment

  • Remarquons au passage que la numérotation indienne permet de faire plus simple avec plus de signes à la base.
    Comme quoi trop de simplification peut nuire à l’efficacité, la maxime “less is more” est à prendre avec les pincettes. C’est d’actualité, un certain constructeur de tablettes tactile semble avoir un peu forcé sur la simplification dernièrement :)

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